jeudi 8 avril 2010

Colle Rapide

Champs battus, arbres pliés, terre en culbute, nuages déchiquetés, parsemés comme par hasard sur une toile de fond trop opaque pour espérer voir un futur s’y dessiner, apocalypse dérisoire. Je dessine une montagne, elle aussi immédiatement rongée, aspergée, retournée et peinturlurée par ce drôle de ciel dont l’humour m’arrache des larmes, ce pince sans rire qui sans prévenir nous pisse les mers dessus comme s’il était percé comme une outre. Des crayons pour écrire ton visage. La nouvelle face d’un ancien monde. A la colle je tente d’apposer tes traits comme tant de monts, de collines, tes yeux comme mille mers qui se profilent paisiblement puis disparaissent, avalés par le Mouvement Perpétuel. Tes pupilles se fondent comme la vie dans un corps nouvea, mille autres s’entremêlent, sensuelles comme cette carte topologique que je caresse de mes mains assoiffées de découverte, comme tes seins que je parcours boussole à la main, que j’éffleure avec douceur, nouveau monde de sensations de couleurs, mon sac énorme sur mon si petit dos, un si gros fardeau pour gravir ta poitrine. Je suis l’aventurier, ou Dieu peut-être, Dieu ou l’enfant qui (re)dessine le monde, le colon timoré ou l’amoureux candide, l’idiot béat et moi voilà prêt à colorer le tout, Faute d’arc-en-ciel ce sera le gris, mille nuance de gris à l’image de ce ciel toujours trop lourd et triste, ce ciel que même mes coups de gomme échouent à éclaircir. L’enfant transparent comme le verre, personne ou Dieu, à nouveau je l’ignore. Je dessine le monde et Jesus, sur sa croix, vomit des confettis qui s’entremêlent en ribambelles comme les corps des hommes dans les bordels ou dans les charniers. Hitler vomit des confettis, Hitler dessine le monde à coups de neocolor. Hitler est un artiste raté, Hitler sans arc-en-ciel. La couleur juive. Délires nuptiaux, nos corps echevêtrés (je te pénètre par saccades, puis tu me montes) eux-aussi dessinent le monde. Formes, positions, chairs, lèvres et cris. Corps arc-boutés: une nouvelle définition de l’univers; celui d’entre tes cuisses. L’univers à coups de pinceaux comme à coups de hanches, l’univers en deux ou plus de couleurs, le monde à tes pieds, à ton image, tes traits comme un nuage étiré, découpé, haché, collé au baton sur un petit ciel amovible, mille nuances de gris sur un décor en carton, pluie battante sur le papier mâché qui se désintégre, silence capitonné et arbres en polyester. Un jeu, dessiner le monde est un jeu. Dieu y a joué sept jours et s’en est lassé; quant à moi j’y joue chaque minute chaque seconde et je ris de voir le travail désintegré, détrempé, le carton-pâte aterré. Je gribouille le monde, ce vaste taudis fangeux, je le peinturlure de haut en bas, puisqu’il y fait si gris et si froid en hiver; mille fois gris.



R.R - avril 2010