samedi 11 avril 2009

Routine

Les voies se font écho de moi, les rails se faufilent à l'infini dans le crissement des freins. Résonnent spasmodiquement dans les intestins du monde, se propagent le long des tunnels, de station en station, d'être en être. Silence et recommencent. Le chant des sous-terrains, la complainte du métro, ver des en-dessous qui avale et recrache les corps atrophiés d'humains rongés par la routine. Ils entrent, s'asseillent, se lèvent et s'extripent, cadence apprise par coeur à la lueur blafarde du déjà vu. Imprimé dans les coeurs, dans les têtes, dans les nerfs. Ils connaissent ça, les chaussures qui crissent après la pluie, la solitude au bord d'une autoroute sans fin, les lignes jaunes – à ne pas dépasser – ,les complets les chemises, les montres scintillantes. La lumière au-dehors et l'obscurité au-dedans, la même voix artificielle qui, en boucle, répète et se répète. Glaciale. Des chiffres pleins la tête, lettres & nombre enchevêtrés dans le fouillis de ce qu'il ne faut pas oublier, chaque jour la cohorte des malheureux se faufile dans les pores d'un monde gris. Et froid. Pour survivre, faute de vivre.