jeudi 30 avril 2009

Amorce d'une nouvelle en cours de réalisation

Quand je vois mes jambes qui ne répondent plus, mes bras qui faiblissent et mes mains qui tremblent, je pense que je suis perdu. Quand je me vois ainsi, sur terre, immobile, je pense que c'est fini. Que je suis déjà mort, que rien ne me sauvera de la terre, que rien ne me rendra jamais l'eau, l'azur, l'infini. J'agonise lentement sur l'île du désespoir, sur un tas de pierres un tas de putes. Plus rien ne vit en moi que mon cœur qui se consume lentement. La terre est la mort, la terre est mon ennemie, la terre me ronge. La terre depuis l'eau est une ancre, un réconfort. L'eau depuis la terre, c'est l'infini à portée de mains pour un manchot, c'est une île à la dérive qui regarde sa mère s'ébattre sans un regard.
C'est être amputé de tout.
Mon corps n'est plus à moi, mon âge m'a couté ma vie. Ma tête n'est plus à moi.
Et je regarde ma mère, ma soeur, mon père mon frère, mon amour mon Dieu qui se contracte, se rétracte, s'entremêle et se retourne dans son lit. Ne me porte plus.
Mes jambes non plus, ne me portent plus. J'ai quitté mes navires, mon sel, ma graisse et ma crasse de force, comme on débarrasse un vieillard sénile parce que son environnement, son coeur son âme ne veulent plus de lui. Devenu trop faible pour garder l'équilibre sur les remous de la mer, de l'océan, de l'infini.
Elle me portait, je l'aimais.
Je suis trop faible, parasite. Les ponts, les cordes, les pistons, les vagues, l'écume ne me veulent plus, je suis devenu parasite.
Et maintenant, jusqu'à ma deuxième mort, j'attends j'agonise, triste dépossédé, amant délaissé et je regarde de loin mon âme se noyer. Impuissant.